La Haute Autorité du Waqf (HAW) et Heifer International Sénégal ont tenu cette semaine les deux premières cérémonies de placement des chèvres du Waqf Agricole Public d’Élevage de Chèvres (WAPEC) : le mardi 20 octobre 2026 à Aéré Lao, dans le département de Podor, puis le jeudi 22 octobre à Missira Wadène, dans le département de Koungheul. Dans chaque commune, 100 chèvres et 10 boucs ont été remis aux groupements de femmes et de jeunes.
Premier waqf public agricole consacré à l’élevage caprin, le WAPEC prévoit la remise progressive de 1 000 chèvres et 100 boucs à 2 000 femmes et jeunes réunis dans 100 groupements, dans dix communes : Aéré Lao, Doumga Lao, Gamadji Saré, Guédé Village et Madina Ndiathbè pour Podor ; Missira Wadène, Maka Yop, Ngainthe Pathé, Lour Escale et Ribot Escale pour Koungheul. Les animaux ont été acquis sur les fonds propres de la HAW. Heifer International Sénégal assure la mise en œuvre technique du projet, et Al Rahma Microfinance accompagnera les groupements dans le financement de leurs activités.
Un bien qui continue de servir
Le projet associe le waqf au passage du don : chaque famille bénéficiaire transmettra à une autre famille le même nombre d’animaux reçus, ainsi que les connaissances acquises. Le bien ne revient pas au donateur ; il demeure dans la communauté et s’y multiplie.
« Le waqf est un bien que l’on donne pour toujours, afin que ses fruits profitent à la communauté. On donne une fois, et le bien continue de servir, longtemps après nous », a rappelé le Directeur général de la HAW, Dr Ahmed Lamine Athie. Il a invité les familles à prendre soin du troupeau comme d’un dépôt : « Ce troupeau est le vôtre, mais il est aussi celui de la famille qui attend après vous. » À Aéré Lao, il a formulé un vœu : « Dans quelques années, je souhaite revenir ici et trouver dans chaque concession des chèvres nées de celles d’aujourd’hui, et des familles qui en ont aidé d’autres. Ce jour-là, nous saurons que le don a voyagé. »
Pour le Directeur national de Heifer International Sénégal, Dr Daouda Ndao, le passage du don « donne à cette cérémonie sa portée dans le temps » et crée « une chaîne de solidarité dans la communauté qui ne doit jamais s’interrompre ». « Recevoir permet de démarrer ; transmettre permet à d’autres de progresser à leur tour », a-t-il résumé à Missira Wadène.
Des autorités et des partenaires mobilisés
À Aéré Lao, la cérémonie était présidée par M. Ousmane Sidibé, adjoint au Préfet du département de Podor. Il a rappelé aux bénéficiaires que « ceux qui ont eu la chance d’être choisis ont la lourde responsabilité de bien tenir ces chèvres et d’assurer la transmission ». À Missira Wadène, M. Moustapha Seck, Adjoint au Sous-préfet de l’arrondissement de Missira Wadène, a présidé la cérémonie et souligné les objectifs du projet : réduire durablement la pauvreté et renforcer la résilience des ménages.
Représentant Dr Alioune Dione, Ministre de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire, Dr Abdou Karim Diaw, Administrateur général du Fonds de Développement de la Microfinance Islamique (FDMI), a salué à Missira Wadène une initiative qui contribue « à transformer l’assistance en autonomisation économique durable », et souhaité qu’elle soit « étendue à d’autres territoires du Sénégal ».
Au nom d’Al Rahma Microfinance, M. Cheikhou Oumar Sall a présenté des financements sans intérêt, adossés à des activités réelles, couvrant toute la chaîne de l’élevage, des intrants à la commercialisation. « Une chèvre seule, c’est un animal. Une chèvre bien nourrie, bien soignée, dont le lait est transformé et le produit vendu au juste prix, c’est une entreprise », a-t-il illustré.
Des familles préparées, des animaux assurés
Les remises sont l’aboutissement de plusieurs mois de préparation. Dans le département de Podor, les rencontres organisées dans 50 villages ont réuni 1 854 personnes, dont 1 684 femmes. Dans les deux départements, les groupements ont été formés au leadership, au genre, à la gouvernance et aux bonnes pratiques d’élevage. Ils ont mis en place leur système d’épargne et de crédit, et plusieurs fabriquent déjà du savon. Les animaux ont été choisis sur les marchés hebdomadaires par des comités d’achat locaux.
À Missira Wadène, Mme Yacine Seck a pris la parole au nom des groupements de femmes. Elle a remercié les autorités et les partenaires, souligné l’impact concret du projet sur le quotidien des familles et plaidé pour qu’il soit pérennisé et étendu à d’autres villages.
Chaque chèvre et chaque bouc porte une boucle au numéro unique, posée par la Compagnie nationale d’assurance agricole du Sénégal (CNAAS). Les animaux sont assurés pendant un an : en cas de sinistre couvert, l’éleveur perçoit 80 % de la valeur assurée, et la subvention de l’État ramène la prime de 8 % à 4 %. L’assurance protège ainsi le capital des familles et la continuité du passage du don.
Une contribution à Sénégal 2050
Le WAPEC s’inscrit dans l’Agenda national de transformation Sénégal 2050 porté par Son Excellence le Président de la République, Monsieur Bassirou Diomaye Diakhar Faye, et dans la territorialisation des politiques publiques. Il contribue à la souveraineté alimentaire et à la structuration des chaînes de valeur agricoles. Il répond aussi à l’invite du Chef de l’État, qui a décrété 2026 Année de l’économie sociale et solidaire : en mobilisant le waqf, instrument de la finance sociale islamique, la HAW met la solidarité au service de l’inclusion économique des femmes et des jeunes en milieu rural.
Les placements se poursuivront dans les huit autres communes des deux départements, selon le calendrier opérationnel.
La HAW est gérée par une direction générale placée sous la supervision d’une Commission dotée de compétences étendues en matière budgétaire, d’investissement, d’orientations, et de contrôle.
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